Dans le flux du quotidien mon attention se porte sur la manière dont nous utilisons notre corps, sur ses états et les contraintes auxquelles il est soumis. Je suis chaque jours attentif aux forces qui initient des gestes et j’essais de percevoir les tensions internes qui se produisent lors d’un mouvement.
Le corps est donc mon principal outil, sans parler d’objet technique et en éludant toutes connotations instrumentales, c’est mon objet d’expérimentation privilégié. Je travaille des actions à pâtir de protocole ou de mise en situation qui déterminent des comportements. Je mets un ou plusieurs corps en mouvement en utilisant des « règles », des objets, des trucages qui créent des décalages corporels. J’explore une part d’indétermination, provoque des conditions d’improvisation dans le contexte de l’atelier ou dans des lieux divers. Les gestes qui émergent ont alors la capacité de faire redécouvrir des activités quotidiennes, le banal en ses propres lieux est mis à l’écart.
La conception d’objet et l’adaptation de protocole d’action m’aident à transformer les corps , des hallucinations corporelles éphémères apparaissent. Les situations deviennent étranges ou déconcertantes à partir de simples et dérisoires trucages et panoplies. Ces actions enregistrées en vidéo ou photographiées et ces installations qui proposent un degré d’interaction avec le public provoquent parfois le rire. L’extravagance ou l’absurdité de certaines propositions ont trait au burlesque. L’expressivité particulière et le mutisme sont des composantes essentielles du cinéma burlesque auquel je me réfère. Le cinéma burlesque s’est popularisé auprès d’un public très hétérogène composé d’immigrants en usant de corps en mouvement, de paroles muettes.
Un autre aspect qui me rapproche du cinéma burlesque en est le mode de production. Des films réalisés rapidement sans plan de tournage précis, avec parfois une seule idée de départ, de petites équipes sans spécialisation des taches, ni hiérarchies très marquées. Je constitue de petites équipes provisoires, l’aspect relationnel , la part d’improvisation dés lors que les individus s’émancipent m’intéresse. La participation singulière de chacun révèle des présences dans cette entreprise très quelconque.
«Je cherche des situations ou le corps d’un actant intervient sans que ses activités ne soient spectaculaires ou théâtrales. J’installe les corps dans des processus ou des activités ou les règles éludent toute expressivité.
Il n’y a pas besoin d’un savoir faire spécifique pour appliquer un protocole d’action. Les corps s’adaptent à des contraintes ou des dispositifs et montrent des potentialités et des attitudes. Lorsque les corps actionnent des procédés les gestes qui en découlent mettent en œuvre des représentations, des fictions poétiques, des hallucinations corporelles.
Les modules ou les objets que je fabrique ne sont pas des accessoires de théâtre mais ils sont conçus comme des outils nécessaires pour montrer un ou plusieurs corps en mouvement.»
Cédric Couturier 2006